The State of Carbon Dioxide Removal, 3e édition : les chiffres clés et ce qu’ils impliquent pour la France

D’après The State of Carbon Dioxide Removal, 3e édition, publié le 2 juin 2026 par l’université d’Oxford et ses partenaires

En bref

La 3e édition du rapport State of Carbon Dioxide Removal (SoCDR), référence indépendante sur l’élimination du carbone (EDC), a été publiée le 2 juin 2026. Coordonnée par un consortium d’instituts de recherche, elle analyse l’état de la recherche, des investissements et des politiques publiques de plus d’une dizaine d’approches d’EDC. L’étude distingue notamment les approches dites « conventionnelles » (solutions fondées sur la nature comme le reboisement ou la gestion des sols) des approches « nouvelles », qu’elles soient hybrides ou technologiques (biochar, altération accélérée des roches, ou captage de CO2 biogénique).

Par rapport aux volets précédents, cette troisième édition introduit plusieurs nouveautés :

  • Analyse comparative des coûts et des potentiels pour chaque méthode.
  • Une agrégation de scénarios récents, compilés spécifiquement pour ce rapport.
  • Une base de données dédiée aux politiques publiques d’EDC dans les pays du G20.
  • Les résultats d’une enquête sur les ambitions des entreprises et les projets actuellement en planification.

Le rapport identifie la période 2026–2030 comme une fenêtre critique. Les approches technologiques, en particulier, traversent une phase de structuration : elles doivent encore établir leur légitimité, prouver leur fiabilité et passer à l’échelle pour que leur contribution à long terme aux objectifs de l’Accord de Paris devienne réalisable. Si la trajectoire de montée en puissance requise n’est pas sans précédent, elle exige un alignement entre la demande, les financements et la gouvernance qui fait encore défaut aujourd’hui.

1. L’EDC comme complément indispensable à la réduction des émissions

La 3e édition introduit une nouvelle façon de quantifier cet effort : dans les scénarios « ambition maximale » modélisés pour cette édition, l’EDC représente environ 16 % de l’effort cumulé pour atteindre la neutralité carbone, contre 84 % pour les réductions d’émissions, pour un niveau d’EDC de 8,8 GtCO₂/an en 2050 (fourchette : 6,5–13,3 GtCO₂/an). Ce niveau est comparable à celui de la 2e édition, qui reposait sur des scénarios différents et plaçait le rôle de l’EDC autour de 7–9 GtCO₂/an.

Ce qui est certain entre les deux éditions : réduire les émissions reste de loin la priorité.

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L’EDC joue un rôle crucial en complément à la réduction d’émission.

2. Des approches nouvelles en forte croissance, mais qui partent d’un niveau très bas

À l’échelle mondiale, l’élimination du carbone atteint actuellement 2,2 GtCO₂ par an (soit environ 5 % des émissions brutes de CO₂), marquant une légère hausse par rapport aux 2,1 GtCO₂/an de la précédente édition. Cet effort reste cependant presque exclusivement porté par les méthodes conventionnelles.

De leur côté, les nouvelles filières d’EDC (biochar, captage direct dans l’air, BECCS, altération accélérée des roches) ne représentent encore que 0,1 % du total mondial (0,002 GtCO₂/an). Néanmoins, elles affichent une dynamique encourageante avec une progression moyenne de +36 % par an entre 2020 et 2025, portée majoritairement par le biochar. L’essor de cette solution s’accompagne d’un intérêt marqué pour ses co-bénéfices, notamment la santé des sols, le soutien aux systèmes agri-alimentaires et la résilience des territoires.

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Les nouvelles approches de l’EDC en croissance, portées par le biochar.

3. Aucune méthode ne réunit à la fois maturité, potentiel élevé et faible coût

Pour la première fois, le rapport compare de manière systématique les coûts et les potentiels de 15 méthodes distinctes. L’éventail des coûts s’avère particulièrement large : il varie de moins de 10 $/tCO₂ pour certaines approches terrestres à plus de 1 000 $/tCO₂ pour les solutions les plus technologiques, la majorité des méthodes affichant des estimations hautes supérieures à 200 $/tCO₂. À l’heure actuelle, aucune solution ne combine simultanément une maturité industrielle, un bas coût et un haut potentiel de déploiement. Ce constat démontre l’impératif de développer un portefeuille diversifié d’approches complémentaires plutôt que de s’appuyer sur une solution unique.

4. Un recul des contributions nationales et un écart qui se creuse

Les engagements étatiques actuels restent nettement en deçà des trajectoires requises pour 2035 et 2050. Preuve de ce retard, seul un tiers environ des pays intègre explicitement les nouvelles méthodes d’EDC dans leurs stratégies à moyen terme. Le fait marquant depuis la précédente édition demeure le retrait formel des États-Unis de l’Accord de Paris en janvier 2026, qui entraîne mécaniquement une révision à la baisse des engagements mondiaux d’environ 700 MtCO₂ en 2050. Par ailleurs, aucune mise à jour des contributions déterminées au niveau national (NDC) – notamment au sein du G20 – n’affiche de hausse significative en matière d’EDC.

En conséquence, les engagements actuels projettent un volume de 2,5 GtCO₂/an d’EDC en 2030, face à une cible médiane de 2,9 GtCO₂/an pour les scénarios compatibles avec un réchauffement limité à 1,5°C. Ce déficit d’ambition, visible dès 2030 (0,3 GtCO₂/an), s’accentue dramatiquement pour atteindre 1,2 GtCO₂/an en 2035 et 5,2 GtCO₂/an en 2050.

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Les contributions nationales reculent, et l’écart EDC se creuse.

5. Une innovation en hausse, mais inégale

Les indicateurs de l’innovation (financements de la recherche, publications scientifiques, projets pilotes et investissements dans les startups) progressent par rapport à 2023. Cette dynamique globale cache toutefois des disparités, à l’image du déclin des brevets à haute valeur ajoutée observé ces dernières années. Néanmoins, la résilience des financements alloués aux entreprises de l’EDC est remarquable dans un contexte de reflux global des investissements climatiques ; le secteur capte désormais 3 % de ces flux. Sur le marché volontaire du carbone, des contrats d’achat portant sur 0,04 GtCO₂ ont été conclus l’an dernier. Enfin, l’innovation s’étend désormais au cadre réglementaire : l’Union européenne, le Royaume-Uni et la Suisse explorent activement l’intégration des nouvelles méthodes d’EDC dans leurs mécanismes de conformité respectifs.

6. Un écosystème fragile qui nécessite un soutien à la demande

L’incertitude pesant sur la demande future reste un frein majeur au développement du secteur. La majorité des politiques publiques se focalisent encore sur l’offre, tandis que les prix sur les marchés naissants s’avèrent trop bas pour couvrir les coûts réels de production de la plupart des méthodes. De plus, le démantèlement des politiques climatiques fédérales aux États-Unis fragilise la visibilité à long terme du secteur, accentuant la pression sur les autres puissances économiques pour instaurer des mécanismes de demande robustes.

Cette fragilité est renforcée par une ultra-concentration structurelle de l’écosystème : un unique acheteur (Microsoft) concentre à lui seul 82 % des volumes d’achats d’EDC technologique sur le marché volontaire ; 74 % des crédits conventionnels proviennent d’Amérique latine ; 85 % des financements publics pour les projets pilotes émanent de seulement trois pays (États-Unis, Suède, Danemark) ; et 72 % des investissements se concentrent sur à peine quatre entreprises. Les récents arbitrages stratégiques de Microsoft et le désengagement américain illustrent parfaitement la vulnérabilité de ce modèle. La diversification des méthodes, des acteurs et des géographies s’impose comme la condition sine qua non d’un passage à l’échelle résilient.

Le regard de l’AFEN: ce que ça veut dire pour la France

  • L’écosystème d’innovation EDC est dynamique, et la France n’est pas en reste. Le rapport BCG x AFEN (mars 2025) identifie un potentiel important, tant sur les solutions fondées sur la nature que sur les approches technologiques, et notre cartographie des territoires montre que des porteurs de projets existent partout en France. Mais comme le souligne ce rapport, la fragilité de l’écosystème est réelle partout dans le monde: concentration des acteurs, incertitude sur la demande, dépendance à quelques acheteurs. La France doit soutenir activement son écosystème pour ne pas voir ses acteurs fragilisés par ce contexte global.
  • D’autres pays agissent concrètement. Les États-Unis, la Suède et le Danemark ont engagé plusieurs milliards de dollars dans le déploiement de projets EDC à grande échelle. Le Royaume-Uni, l’Allemagne et le Canada ont alloué des enveloppes de dizaines à centaines de millions d’euros à la R&D et aux projets pilotes. Le Canada et l’Allemagne ont également initié des mécanismes d’achat public de crédits EDC. Face à cette accélération mondiale, la France doit formaliser une stratégie nationale claire, assortie de leviers financiers concrets, pour pérenniser sa souveraineté industrielle et environnementale.

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