Mi-avril, Mathilde Fajardy, Directrice Scientifique à l’AFEN a rejoint 400 industriels, gouvernements, et financiers au Gassnova knowledge sharing summit CCS & CDR en Norvège.

Un première européenne
Le contexte marque une étape majeure pour la filière de captage et stockage de CO2 en Europe : fin d’été 2025, Longship, la premiere chaîne de valeur intégrant captage, transport, et stockage en Europe, est devenue une réalité opérationnelle après une décennie de préparation. Les premiers volumes de CO2 ont été captés à la cimenterie Heidelberg Materials de Brevik, transportés par navire et stockés à 2,6 km sous le fond marin dans le réservoir de Northern Lights.
Le gouvernement norvégien a financé environ 80 % des coûts d’investissement et d’opération sur 10 ans pour l’ensemble de la chaîne, qui inclut également l’usine de valorisation énergétique des déchets Hafslund Celsio, dont l’unité de captage est actuellement en construction. Ce soutien gouvernemental a déjà permis le lancement d’une deuxième phase commerciale, qui progresse pour servir des clients internationaux au Danemark (Ørsted), aux Pays-Bas (Yara International), en Suède (Stockholm Exergi) et avec des premiers volumes attendus fin 2026.

Quelles implications pour l’EDC en Europe?
🔹 L’infrastructure de gestion du carbone comme catalyseur de l’EDC à grande échelle : En fournissant un hub de stockage dédié, Northern Lights va permettre de générer les premières émissions négatives à grande échelle d’Europe, à la fois côtés incinérateurs (Hafslund Celsio) et unités de cogénération biomasse (Danemark, Suède). Début mars, les premiers volumes de CO2 captés en sortie d’une usine de traitement d’eaux usées norvégienne ont aussi été injectés dans le site.
🔹Le rôle crucial des marchés volontaires : Jannicke Gerner Bjerkås (Hafslund Celsio), Johan Börje (Stockholm Exergi) et Kathrine Høeg Johansen (Ørsted) ont été clairs : leurs projets n’auraient pas pu voir le jour sans le marché volontaire du carbone et les accords d’achat anticipés avec des acheteurs privés. Comme l’ont souligné Jacob Bang (Microsoft) et Danny Broberg (Stripe), élargir la base d’acheteurs nécessite de renforcer la pertinence de l’achat d’EDC – notamment comme protection contre la future rareté du marché et pour des revendications vertes (« green claims ») de haute intégrité – mais cela exige des normes plus robustes sur la manière dont ces revendications sont formulées et reconnues.

🔹 L’Etat doit maintenir le cap : L’implication continue des gouvernements est plus que jamais nécessaire pour stimuler la demande d’EDC. Les récentes annulations de projets de captage biogénique en Suède pour des raisons de financement et des retards annoncés sur des projets en Norvège rappellent que le chemin vers une réalité commerciale est encore long. Des initiatives telles que la taxe norvégienne sur les émissions négatives, l’intégration de l’EDC dans le système d’échange de quotas d’émission de l’UE (EU ETS) et le développement de groupements d’acheteurs européens (EU buyer’s clubs) sont essentielles pour stabiliser le marché à long terme.
🔹Des transferts de connaissances clé: À mesure que l’expérience opérationnelle s’accumule, le partage d’expertise sera vital – de la conception des projets de captage aux structures de contrats bilatéraux pour le transport de CO2, en passant par la gouvernance des revendications d’EDC. Les autres gouvernements européens et développeurs de projets ont beaucoup à apprendre de ces pionniers. Et quand les données sont commercialement sensibles, les États ont un rôle central à jouer pour arbitrer ces efforts de partage de connaissances.