SNBC 3 : une avancée historique pour l’élimination du carbone. Reste à tracer la route.

La France a adopté le 16 juillet sa troisième Stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3). Ce document fixe la trajectoire de notre pays vers la neutralité carbone à l’horizon 2050, avec des budgets carbone hors puits révisés à la hausse: 347 MtCO2e/an (2024-2028), 265 (2029-2033) et 193 (2034-2038), et une ambition de réduction des émissions territoriales brutes d’un facteur supérieur à 8 par rapport à 1990. L’AFEN salue cette publication et ce qu’elle représente pour la filière de l’élimination du carbone en France.

Évolution des budgets carbones en France

Ce que la SNBC 3 change pour l’élimination du carbone

La stratégie nationale intègre l’élimination du carbone de manière explicite et chiffrée. C’est une évolution significative par rapport aux versions précédentes.

La SNBC 3 reconnaît la fragilisation des puits naturels, dont les absorptions sont estimées autour de 40 MtCO₂e par an en 2050 dans le scénario central, avec une variabilité importante liée aux aléas climatiques. Elle fixe des ordres de grandeur pour les puits technologiques : environ 15 MtCO₂ par an pour le captage de CO₂ biogénique et 6 MtCO₂ par an pour le captage direct dans l’air en 2050, avec des jalons intermédiaires dès 2030. Elle reconnaît aussi, pour la première fois, que ces puits nécessitent des mécanismes d’incitation économique pour se déployer.

La SNBC repose sur un scénario de référence qui traduit les orientations retenues en trajectoires d’émissions et de consommation d’énergie, incluant désormais l’élimination du carbone

Ce que dit le Haut Conseil pour le Climat

Dans son avis sur la SNBC 3, le Haut Conseil pour le Climat salue la qualité du document tout en pointant un manque structurel : l’absence d’une stratégie nationale dédiée à l’élimination du carbone.

Il appelle à mieux structurer les trajectoires, les méthodes mobilisables et les conditions de crédibilité environnementale associées, et formule une recommandation explicite en ce sens.

C’est un signal fort. Il confirme que la question n’est plus de savoir si l’élimination du carbone est nécessaire, mais comment en organiser le déploiement.

Ce que l’AFEN a porté dans la consultation

L’AFEN a participé activement au processus de consultation, à travers deux contributions successives. Dans notre réponse à la consultation publique, nous avons formulé trois demandes principales.

La première porte sur la feuille de route des puits naturels et technologiques. La SNBC 3 fixe des volumes cibles à l’horizon 2050, mais reste peu explicite sur les moyens d’y parvenir. Nous appelons à une stratégie nationale dédiée, élaborée sous l’autorité conjointe des ministères concernés, couvrant des jalons sectoriels à 2030 et 2040, des principes directeurs d’intégrité environnementale, des instruments de création de demande publique et privée, et des mécanismes de financement adaptés à chaque stade de maturité des filières.

La deuxième porte sur l’élargissement du portefeuille d’approches. Au-delà du captage de CO₂ biogénique et du captage direct dans l’air, qui sont les deux filières technologiques mentionnées dans la SNBC 3, d’autres approches présentent un fort potentiel pour la France : le biochar, l’altération accélérée des roches, la minéralisation, l’agriculture régénératrice. Plusieurs d’entre elles bénéficient déjà d’actes délégués adoptés dans le cadre du règlement européen CRCF, créant un défaut d’alignement avec la trajectoire nationale qu’il convient de corriger.

La troisième porte sur la création de demande. Le déploiement des puits technologiques se heurte à un écart structurel entre le coût des technologies et le prix carbone actuel. Des instruments ciblés sont nécessaires pour financer cet écart : contrats carbone pour différence, enchères inversées, achat public institutionnel.

Un signal clair est aussi nécessaire pour les acheteurs privés, afin de corriger le déséquilibre où le risque réputationnel décourage des acteurs de bonne foi qui font précisément ce qu’il faut.

La prochaine étape

La SNBC 3 pose le cap. Elle marque une avancée réelle pour la reconnaissance de l’élimination du carbone dans la politique climatique française, ce que l’Association Française pour les Émissions Négatives (AFEN) salue. La prochaine étape est de tracer le chemin pour y parvenir.

Cette feuille de route ne peut pas attendre. Les puits technologiques doivent passer de moins de 0,1 MtCO₂e par an aujourd’hui à près de 4 MtCO₂e par an d’ici 2038 : une multiplication par quarante en une décennie, qui suppose des décisions d’investissement qui se prennent maintenant.

L’AFEN se tient à la disposition des pouvoirs publics pour contribuer à ce travail collectif, en apportant l’expertise de ses membres et de son réseau.

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